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Publié sur 01 Net en avril 2002 (la version publiée peut présenter de légères différences avec l'article ci-dessous) Nanotechnologie : une nouvelle bulle ?Nanotechnologie. Un mot qui intrigue ou fait rêver. Mais surtout, un domaine nouveau qui pourrait initier une révolution industrielle sans précédent, et suscite déjà aux Etats-Unis des investissements astronomiques, assortis d'une forte médiatisation. Nouvelle bulle financière ou futur moteur de l'économie mondiale ? La révolution de l'infiniment petit La nanotechnologie - de "nano", milliardième - regroupe différentes disciplines intervenant sur la matière à son niveau le plus élémentaire : les atomes et les molécules. Déjà, de nouveaux matériaux aux propriétés extraordinaires ont été mis au point, les "nanotubes de carbone", des fils mono-moléculaires 100 fois plus résistants et 6 fois plus légers que l'acier. Et les chercheurs font état à rythme soutenu de nouvelles découvertes susceptibles de bouleverser des pans entiers de l'industrie. Rien qu'en mars dernier, des capteurs solaires à base de plastique, de taille nanoscopique, pouvant être peints sur toutes surfaces, étaient mis au point à l'Université de Californie, tandis que les Bell Labs annonçaient la création du premier "transistor moléculaire organique", le lendemain d'une autre première mondiale : la création d'un "moteur" moléculaire de quelques millionièmes de millimètre, pouvant être mis en marche à volonté, à l'Université de Cornell. Ce festival d'annonces laisse présager de l'ampleur des révolutions à venir, au premier rang desquels l'électronique moléculaire. L'une des promesses de la nanotechnologie est en effet d'apporter une solution à la limite physique de la miniaturisation, et donc de la loi de Moore. De nouveaux types de composants électroniques, moléculaires ou atomique, pourraient un jour équiper des ordinateurs qui seraient alors plusieurs milliers de fois plus puissants qu'aujourd'hui. Marché explosif et médiatisation... Outre-atlantique, la National Nanotechnology Initiative est un fonds fédéral destiné à supporter la recherche en nanosciences. Doté initialement, en l'an 2000, de 270 millions de $, il s'élève pour 2003 à quelques 679 millions de $ (770 millions d'euros). Autant dire que les Etats-Unis croient à la nanotechnologie, dont la National Science Foundation estime qu'elle générera en 2015 un marché de mille milliards de dollars. En Europe, quelques 150 millions d'euros vont être investis dans le Minatec, un centre ultra moderne dédié aux micro et nano technologies, qui sera opérationnel en 2005 près de Grenoble. Mais les dépenses allouées à la recherche dans ces domaines ont tardé à venir. En 2000, l'Europe consacrait 185 millions d'euros à la nanotechnologie, et la France seulement 19... Chez nous, la "nano" est toujours loin d'être un marché, et n'est pas encore devenu un sujet "branché". Car, outre des fonds considérables, la nanotechnologie américaine bénéficie d'un engouement et d'une médiatisation étonnantes. Plusieurs personnalités de premier plan sont devenues les véritables chantres d'une révolution annoncée. Parmi eux figure, curieusement, Newt Gringrich. L'ancien speaker du Parlement US, est l'un des fervents porte-parole du "nano-monde" : "Les sciences et techniques à l'échelle nanométrique sont plus importantes que toute autre forme de progrès. Nous devons être compétitifs sur ce terrain.", martèle-t-il dans une interview accordée à Red Herring en mars. Mais le titre de "Mister Nano" revient sans doute à Josh Wolfe, fondateur de la société de capital-risque Lux Capital. Wolfe, également co-fondateur de la NanoBusiness Alliance (un lobby destinée à promouvoir la nanotechnologie), multiplie les conférences ou les rapports destinés à expliquer les enjeux de la maîtrise des molécules. "Nous sommes sur un tsunami nanotechnologique devant lequel le boom des dotcoms paraîtra nanoscopique !", peut-on lire sur son site Web. Les VC s'en mêlent Aux Etats-Unis, plus de 50 investisseurs ont pris pied dans la nano-révolution, dont les pionniers se comptent déjà par centaines. Au total, selon certains analystes, les fonds levées par ces nouvelles start-ups pourraient doubler cette année et dépasser le milliard de $. En Europe, le premier fonds privé dédié à la nanotechnologie vient d'être mis en place début avril. Crée par Capital Stage, un investisseur présent a Zurich et Hambourg, il sera doté de 100 millions d'euros. "Nous pensons que 2002 est précisément le bon moment pour investir dans la nanotechnologie", estime Berndt Samsinger, l'initiateur du "Capital Stage Nanotech Invest". Soisic et Xenocs, deux jeunes entreprises françaises spécialisées dans la fabrication de nouveaux circuits intégrés ont récemment convaincu des investisseurs. Soisic a réalisé un premier tour de table de 4 millions d'euros, notamment auprès de Siparex, qui intervient aux côtés de ABN Amro Ventures dans le capital de Xenocs, à hauteur de 3,5 millions d'euros. Plusieurs VC français ont une entreprise de nanotechnologie dans leur portefeuille et envisagent d'investir à court ou moyen terme dans ce domaine, sans considérer qu'il s'agit là d'un début de "révolution". "La nanotechnologie n'est qu'une simple évolution de la micro technologie", tempère Alain Rodermann chez Sofinnova Partners, semblant regretter "l'effet hype" associé au "nano". Car l'analogie entre la fièvre nanotechnologique et la naissance de la bulle financière Internet s'impose, hélas, dans les esprits. Médiatisation, révolution annoncée, start-ups et gros sous... Tous les ingrédients semblent à nouveau réunis pour que la machine médiatico-financière s'emballe. "La combinaison de l'ignorance et de l'appât du gain peuvent conduire au désastre.", prévenait dès novembre dernier R. Stanley Williams, directeur du centre de recherche quantique de Hewlett-Packard. Avertissant du risque de "décrédibilisation" pouvant être entraîné par une surenchère médiatique, Williams insistait néanmoins sur l'implication nécessaire des capital-risqueurs. Ces derniers, parfois échaudés par les turpitudes d'Internet, doivent donc décider de s'embarquer ou non dans une nouvelle "possible révolution technologique", sans pour autant céder à la fièvre de l'effet de mode, qui pourrait masquer les réalités de la naissance d'une nouvelle industrie. "Aucun autre investissement ne peut avoir d'aussi grosses retombées dans les 50 prochaines années", assure Newt Gringrich. Et si c'était vrai ? Cyril Fievet |
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