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  Publié sur 01 Net en octobre 2001
(la version publiée peut présenter de légères différences avec l'article ci-dessous)
 

Le transistor moléculaire : pas trop vite !


    Si vous suivez l'actualité de la recherche nanotechnologique, vous avez sans doute constaté une accélération du rythme des annonces émanant des laboratoires. Et, souvent, une convergence dans la finalité des recherches : mettre au point de nouveaux procédés, destinés à palier les limites bientôt atteintes par la gravure de silicium.

    La recherche se tourne naturellement vers d'autres solutions, et en particulier l'utilisation des plus petits éléments que nous sachions manipuler, les atomes et les molécules, pour concevoir les micro-processeurs du futur.

    Après IBM, très avancé dans le stockage d'information moléculaire, les laboratoires Bell surenchérissent, en créant le premier "transistor moléculaire".

    Ce transistor organique se compose d'éléments de carbone, capables d'effectuer les mêmes tâches élémentaires qu'un transistor normal, c'est-à-dire amplifier un signal et "aiguiller" des informations. Le procédé mis au point par Bell Labs a permis de réaliser une sorte d'onduleur convertissant des "0" en "1" et inversement. Ce circuit d'un nouveau genre, environ un million de fois plus petit qu'un grain de sable, laisse entrevoir des possibilités infinies, ou presque. Chez Bell Labs, on imagine déjà qu'un composant moléculaire puisse avantageusement remplacer plusieurs milliers de transistors traditionnels, tout en prenant moins de place et en allant beaucoup plus vite.

    Pourtant, si la nanotechnologie est bien la voie la plus prometteuse pour l'avenir de l'informatique, on peut se demander si elle correspond à ce qu'en attendent les utilisateurs.

    Depuis bien longtemps maintenant, la fameuse "Loi de Moore" instaure son rythme aux générations successives de processeurs. Une belle prédiction, d'abord technologique, puis marketing. Car le simple fait de pouvoir fabriquer des processeurs qui vont de plus en plus vite n'implique pas forcément de devoir le faire. Par bien des côtés, cette loi est davantage un diktat, imposé aux utilisateurs par les fabricants de processeurs, dont la finalité inavouée - mais facile à comprendre - est de faire acheter des ordinateurs, en réduisant leur durée de vie.

    Les technologies alternatives, bien que balbutiantes, pourraient facilement emprunter la même voie. Le premier transistor a été mis au point dans les laboratoires Bell, en 1947. Un peu plus de cinquante ans après, on met au point au même endroit le premier transistor "moléculaire". Au delà du symbole, et même si les applications commerciales du procédé mettront plus d'une décennie à nous parvenir, on parle déjà de facteurs 1000 pour quantifier les gains de puissance. Va-t-on voir s'imposer une "nouvelle" Loi de Moore, basée sur "x100" ou "x1000" plutôt que sur le doublement des vitesses ? On peut le penser, et même le regretter.

    Car la vitesse n'est pas tout, surtout sur un ordinateur. Combien d'entre nous utilisent la totalité des capacités de leur micro-processeur ? Certes, si on prend l'analogie désormais classique entre l'informatique et l'automobile, on peut arguer qu'il n'est jamais mauvais de disposer d'une réserve de puissance, même si l'on n'est pas un fou du volant. Mais alors que les processeurs ont dépassé cette année le seuil du gigahertz, les chercheurs visent, avec les composants moléculaires, le terahertz. Est-ce bien nécessaire ?

    Du reste, si l'on veut poursuivre l'analogie, on peut s'inquiéter du fait que les ordinateurs d'aujourd'hui présentent des lacunes qui ne seraient pas acceptables sur des voitures. Prenez la sécurité par exemple. Dans nos ordinateurs, où sont les airbags, l'ABS, les dispositifs anti-patinage ? Est-il normal de pouvoir recevoir un email anonyme, abritant un programme capable de s'exécuter de son propre chef, et d'effacer l'intégralité de mon disque dur ?

    Les perspectives offertes par la nanotechnologie sont fabuleuses et enthousiasmantes. Mais il faudrait que l'ensemble des pans de l'informatique suivent le rythme. Car sans amélioration de la sécurité, des interfaces ou de l'intelligence des ordinateurs, l'augmentation exponentielle de la puissance de leur moteur reviendra à installer des turbines sur des diligences. Et à devoir énoncer de nouvelles "lois" pour légitimer cette course effrénée.

    Cyril Fievet

      

 
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