articles  
 
  Publié sur 01 Net en septembre 2003
(la version publiée peut présenter de légères différences avec l'article ci-dessous)
 

RFID : bataille rangée sur fond de puces espions


    Ce soir démarre le premier symposium EPC, marquant la naissance officielle de l’Electronic Product Code, une plate-forme permettant l’identification des objets par ondes radio. Les associations de consommateurs voient dans la technologie une atteinte aux libertés individuelles et appellent au boycott.

    EPC est la première pierre de l’infrastructure destinée à traquer tous les produits “taggés” par des puces RFID. Le symposium vise à définir les normes et standards qui vont permettre la création de ce vaste réseau, présenté comme “un Internet des objets”. Fort d’un partenariat avec une centaine d’entreprises industrielles, le Centre Auto-ID, un laboratoire installé au sein du MIT, entend bien faire de l’événement une étape majeure dans la généralisation de ces nouvelles étiquettes électroniques, capables d’émettre des données via une antenne miniaturisée.

    Pour les fabricants et détaillants, EPC et RFID constituent une avancée significative en matière de gestion automatisée. On peut suivre avec précision chaque produit, de l’usine à la mise en rayon, et l’inventaire d’un stock peut se faire en un clin d’oeil. Pour les consommateurs également, la technologie a ses bénéfices : elle pourrait supprimer l’attente aux caisses (à la sortie du magasin, le montant de la facture est automatiquement calculé...) ou constituer une parade efficace contre le vol.

    Mais les associations de consommateurs ne l’entendent pas ainsi, et le symposium risque d’être perturbé par les manifestations des opposants à la technologie.

    La polémique autour de RFID a démarré en début d’année (http://www.01net.com/rdn?oid=200931), et s’est largement amplifiée cet été.

    Gillette a par exemple renoncé fin août à l’idée de tagger sa gamme de rasoirs Mach 3. Une décision considérée comme une victoire par CASPIAN, association de défense de la vie privée des consommateurs, qui avait organisé un boycott mondial des produits Gillette.

    La technologie est d’ailleurs déjà jugée négativement par l’opinion publique, comme le constate un rapport publié en août par le cabinet GartnerG2. Le rapport explique que les “détaillants doivent agir immédiatement” pour “éduquer le public” et “contrer des craintes qui ne reflètent pas la réalité de la technologie”. Le cabinet établit quelques préalables à l’adoption de RFID par le public : la présence de tags sur les produits doit être clairement notifiée, les tags doivent pouvoir être désactivés à la demande, par exemple à la sortie du magasin, et il faut insister sur le fait que les étiquettes ne contiennent aucune donnée relative au consommateur.

    Le risque d’un véritable “rejet” de RFID n’est donc pas négligeable, malgré des enjeux considérables. “On peut en attendre des bénéfices, au plan public ou sur le plan économique, d’une ampleur comparable à celle de la naissance du PC”, estimait Kevin Ashton, Directeur général du Centre Auto-ID, dans un témoignage auprès d’une commission sénatoriale sur le sujet en août.

    Mais la présence “d’émetteurs” sur tous les produits soulève quelques inquiétudes. La possibilité pour des tiers de “scanner” à distance et à notre insu le contenu de nos réfrigérateurs, de nos étagères, de nos bagages ou du coffre de nos voitures est un argument de taille. A terme, les risques potentiels d’intrusion dans nos vies privées sont multiples. “Imaginez que lorsque vous entrez dans un magasin, un ordinateur établit un inventaire de tout ce que vous portez, jusqu’à la taille et la couleur de vos sous-vêtements... Les employés du magasin pourraient même lire le contenu de votre porte-feuille...” anticipe Katherine Albrecht, fondatrice de CASPIAN, ajoutant que “les possibilités en matière de discrimination sont très inquiétantes”.

    Pourtant, ces scénarii relèvent encore du procès d’intention. A ce jour, RFID n’est utilisé que dans quelques applications professionnelles ou très spécifiques, et les puces les plus puissantes émettent avec une portée largement inférieure à 10 mètres. “Inclure des données personnelles dans les tags ne sera pas possible avant plusieurs années, et même si cela le devenait, les détaillants seraient obligés pour des raisons légales de demander l’accord des consommateurs au préalable”, estime John Davison, Directeur de recherche de GartnerG2.

    Au Centre Auto-ID, on explique que cette technologie, en permettant “d’identifier tous les objets, n’importe où, automatiquement” peut “changer le monde”. Reste à savoir si les consommateurs veulent de ce monde là.

    Les sites “pour”

    http://rfid.org
    http://www.autoidcenter.org/
    http://www.epcsymposium.com
    http://www.rfidjournal.com/

    Les sites “contre”

    http://www.stopRFID.com/
    http://www.nocards.org/ (CASPIAN)
    http://www.BoycottGillette.com/

    Cyril Fievet

      

 
this page belongs to www.6711.com - © cyril fievet - reproduction forbidden