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Publié sur Le Monde en août 2002 (la version publiée peut présenter de légères différences avec l'article ci-dessous) Améliorer l'humain : une nouvelle Renaissance ?"C'est un moment unique dans l'histoire des réalisations techniques : l'amélioration des performances humaines devient possible par l'intégration des technologies." La phrase est issue d'un rapport peu banal, dont la version préliminaire a été rendue publique en juin dernier aux Etats-Unis. Commandité par la National Science Foundation et le Department of Commerce, le rapport, intitulé "Nanotechnology, Biotechnology, Information technology and Cognitive Science : Converging Technologies for Improving Human Performance", dresse un panorama complet de l'état d'avancement de quatre disciplines scientifiques prometteuses. Ces quatre technologies, "NBIC" en abrégé, sont potentiellement porteuses de révolutions majeures. La nanotechnologie, regroupant l'ensemble des techniques au niveau atomique ou moléculaire, connaît un fort engouement outre-Atlantique, attesté par d'importants fonds dédiés à la recherche et l'apparition de nombreuses jeunes pousses. La biotechnologie, incluant l'ingénierie génétique, est particulièrement d'actualité : elle suit l'annonce de la naissance probable, dans les mois qui viennent, des premiers clones humains. L'informatique (incluant ici, d'une façon générale, électronique, télécommunication, robotique ou intelligence artificielle), progresse également vite, avec des pistes sérieuses qui pourraient conduire à de nouveaux modes de traitement de l'information, comme l'ordinateur quantique. Enfin, les sciences cognitives, dont l'objectif ultime est la compréhension totale du fonctionnement du cerveau humain, pourraient recevoir un nouvel élan avec le décodage du génome humain. Mais surtout, ces quatre disciplines sont étroitement liées, et ne peuvent désormais être perçues comme autant de spécialités scientifiques hermétiques. La recherche en nanotechnologie apportera sans doute des avancées fulgurantes en informatique, permettant de pallier les limites prévisibles des procédés traditionnels de gravure des composants électroniques ou de stockage de l'information. De la même façon, seuls des ordinateurs plus puissants, adaptés au traitement rapide et pertinent de gigantesques volumes d'informations, peuvent faire progresser de façon significative la compréhension du cerveau humain, et donc les sciences cognitives. Mais ces dernières, associées aux biotechnologies, peuvent aussi s'inspirer du fonctionnement biologique animal ou humain pour concevoir de nouveaux algorithmes ou procédés, qui pourraient également conduire à de nouvelles étapes de l'informatique et de l'intelligence artificielle... Comme le soutiennent les auteurs du rapport, cette connexité doit entraîner une transformation de l'approche scientifique. "La spécialisation a conduit à la fragmentation des savoirs", déplorent-ils, ajoutant qu'il est "urgent" d'initier une "nouvelle Renaissance", dans laquelle ces différentes disciplines seront "unifiées" pour assurer une "convergence", nécessitant une mutation profonde de "la notion même de science". Pour atteindre cet objectif, les auteurs préconisent de multiples mesures, parmi lesquelles une restructuration des modes d'enseignement (favorisant l'interdisciplinarité et l'apprentissage conjoint des NBIC), une priorité nationale accordée à la recherche dans ces domaines, ou la création d'un événement annuel de premier plan, similaire aux Jeux olympiques, et permettant de mesurer l'avancée de la recherche et de ses applications concrètes. Mais ce rapport de 400 pages dresse aussi, via la participation d'une cinquantaine d'experts, un portrait futuriste de l'avenir de notre civilisation. Pêle-mêle sont évoqués des capteurs susceptibles d'informer les individus qui les portent de leur condition physique ou de la qualité de l'air, des nanorobots capables de circuler dans le corps humain, nettoyant les artères ou luttant contre le processus du vieillissement, des machines intelligentes pouvant nous assister au quotidien ou nous aider à explorer et coloniser l'espace, ou des interfaces cerveau-machine, qui permettraient de contrôler usines et automobiles par la pensée, mais aussi de communiquer entre humains, via l'interconnexion des cerveaux, créant une véritable "conscience collective" au sein d'un groupe. Au total, le rapport, qui ressemble parfois à une anthologie de science-fiction, convainc le lecteur de l'ampleur des mutations susceptibles d'être apportées par les NBIC, "si nous prenons les bonnes décisions maintenant". Tout cela est possible "dans les dix ou vingt prochaines années", pour le plus grand "bénéfice de l'humanité", expliquent les auteurs, jugeant qu'un "âge d'or", ou même un "tournant de l'histoire humaine" sont plus que jamais à notre portée. Cyril Fievet |
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